(Edition 00/2 page 36)

Des conseils pratiques précédés de 15 ans d'expérience

Ces 15 dernières années, l'entreprise Tecmat a réalisé environ quatre-vingt toitures vertes et toitures végétalisées. Monsieur Lievens profite de cette expérience pour formuler quelques conseils pratiques dans l'article ci-dessous, comme complément sur les considérations plutôt théoriques du dossier 'toitures vertes' dans nos éditions de juin et septembre de l'année dernière. Dans la pratique, il s'est avéré que la plupart des problèmes sont à imputer au non-respect de certains principes de base (Réd.).

Le propriétaire d'un immeuble de bureaux prestigieux a fait réaliser, sur conseil de son architecte, une toiture verte extensive avec des crassulacées et des herbes. A peine quelques mois après la réalisation, on exprimait déjà des critiques sur le fait que pas toutes les herbes poussaient aussi vite. Il est donc primordial que l'enthousiasme du créateur 'vert' soit également reporté sur le propriétaire de l'immeuble. Il doit être informé à fond sur les caractéristiques du système pour qu'il puisse en comprendre et accepter les limites. Si ce n'est pas le cas, il fera il mieux d'opter pour une autre solution.

Les toitures-jardins plaisent en général beaucoup à l'architecte, car elles lui permettent de travailler de façon très créative. Le propriétaire doit néanmoins prendre conscience que le maintien des effets artistiques au cours des années exigera plus d'entretien que pour un jardin identique au ras du sol. Les arbres deviennent plus grands et ils peuvent se renverser, les buissons poussent et engendrent (trop) d'ombre, les herbes se désèchent et peuvent accroître les risques d'incendie, les égouts peuvent s'engorger par des feuilles, etc.. De l'information détaillée et un programme d'entretien sérieux peuvent contribuer à surmonter ces obstacles. Il est possible que l'information sur les limites fasse pencher la balance en faveur d'une toiture à végétation extensive, il est vrai, moins prestigieuse, mais sans entretien, ou pour l'application de gazon artificiel.. Eh oui, le client est roi. En tout cas, pour éviter les problèmes, il est important que son choix soit basé sur des informations exhaustives et claires et qu'il sache à quoi s'en tenir en choisissant pour un système spécifique.

Certains écologistes enthousiastes ont besoin d'être ramenés les deux pieds sur terre: la combinaison de la technique de la construction et de la botanique est soumise à certaines limites et l'expérience joue donc un rôle prépondérant dans le choix des solutions appropriées. Nous connaissons une maison qui est devenue inhabitable, car l'influence de la végétation (dans ce cas excessive) sur l'équilibre physique (pensez au chauffage, à l'aération, à la condensation,..) n'a pas été suffisamment respectée.

La régulation hydrotechnique

De nombreuses expériences ont démontré qu'une toiture plate avec une couche de gravier retient environ 10% des chutes de pluie sur base annuelle. Pour une toiture à végétation extensive mince, ce pourcentage atteint même 50% et 75% pour une toiture verte sur un supstrat de 20 cm. Moins d'eau dans les égouts signifie moins de risques d'inondation et en plus - grâce à l'évaporation - plus d'humidité dans l'air, moins de poussières et donc moins de problèmes respiratoires. Ces avantages ont comme effet que dans certaines régions ou communes une toiture à végétation est même imposée par le gouvernement ou soutenue au point de vue fiscal. En revanche, il est vrai que le propriétaire qui veut recueillir l'eau de pluie aura souvent un puits vide en été.

Les racines

Il faut veiller à ce que ce thème favori du spécialiste ne devienne pas le cauchemar de l'architecte! Il ne faut en aucun cas négliger les risques de la croissance des racines, mais il ne faut pas non plus les exagérer. Les racines deviennent seulement dangereuses quand pendant les mois d'été elles vont à la recherche d'humidité, e.a. ce qui s'est condensé dans la couche d'isolation pendant l'hiver. Un écran pare-vapeur solide et (mieux encore) une isolation étanche à la vapeur aideront à contrôler ce phénomène.

L'emploi de membranes d'étanchéité en conformité avec le test FLL allemand devra vous donner une conscience tranquille: cette épreuve dure quatre ans et elle teste la résistance aux plantes ayant une croissance des racines aggresive comme l'aune et le peuplier, et ce aussi bien en période sèche que'humide. L'adjonction d'additifs dans les membranes de bitume n'est pas une garantie absolue (cela ne gêne même pas à certaines plantes) et les membranes avec une couche de protection métallique peuvent toujours être percées au niveau des joints.
Ne vous imaginez surtout pas qu'un panneau en béton sur la membrane d'étanchéité vous mettra à l'abri: les racines sont attirées par l'humidité sous-jacente et trouvent facilement leur chemin à travers les microdéchirures dans le béton. En plus, ce panneau en béton rend la membrane d'étanchéité inaccessible pour une éventuelle réparation ultérieure. Nous avons assisté une fois à une telle réparation et la démolition du panneau coûtait environ 4000 FB/m2! Tant sur des nouvelles toitures que sur des toitures existantes, on peut accroître considérablement la résistance aux racines en appliquant une membrane anti-racines: pour quelques dizaines de francs par m2, vous éviterez des travaux de recherche et de réparations qui, dans le pire des cas, peuvent atteindre des millions.

Membranes bitumeuses ou synthétiques?

L'expérience nous a appris le qu'aucun système d'étanchéité ne soit applicable en tous lieux et à tous moments. Tout dépend des besoins, des circonstances et du budget. Chaque produit a ses avantages et inconvénients, ses partisans et opposants et les arguments commerciaux ne font pas toujours bonne mesure par rapport aux arguments techniques. C'est pourquoi, nous vous conseillons de vous adresser à plusieurs spécialistes et de regarder leurs références (le plus vieux, sera le mieux..) et d'opter pour un système peu sensible aux imprécisions et erreurs dans l'exécution.

Notre préférence va aux systèmes en adhérence totale (collés sur toute la surface) afin d'éviter que l'eau éventuelle ne puisse pas ou difficilement circuler horizontalement sous la membrane d'étanchéité dans la couche d'isolation et qu'il devient donc (un peu) plus facile de localiser une fuite. Une autre solution pour faciliter la localisation de fuites est le compartimentage de la toiture, pour autant que ceci ait lieu intelligemment.

Le respect des travaux d'étanchéité

Nous constatons souvent que la membrane d'étanchéité n'est plus étanche à 100% à la réception des travaux. En général, ceci n'est pas à imputer au couvreur, mais bien aux autres 'spécialistes' qui ne respectent pas assez le travail du couvreur. Une membrane d'étanchéité ne convient pas pour y construire un échafaudage, pour passer dessus avec une 'bobcat' ou d'y faire tomber un marteau ou fer à béton à partir du troisième étage. Nous sommes donc d'avis qu'une pente sérieuse (de préférence de 2%) et une couche de drainage peuvent éviter nombre de problèmes: l'eau cherchera la voie la plus facile, et espérons que ce ne sera pas la petite fente dans la membrane d'étanchéité ou la soudure oubliée, mais bien les tapis de drainage synthétiques, qui seront placés pour moins de 200 FB/m2 et qui représentent en plus une protection mécanique supplémentaire pour la membrane d'étanchéité.

Il ne faut d'ailleurs pas oublier qu'une végétation extensive (par ex. au moyen de tapis précultivés) n'est pas assez lourde et perméable à l'air pour servir de lestage. Les forces aspirantes du vent sur les couches sous-jacentes doivent être interceptées par d'autres moyens (collage, fixation mécanique).

Et sur les toitures en pente?

A partir d'une dizaine de degrés sur une membrane d'étanchéité lisse et d'une vingtaine de degrés sur une membrane bitumineuse avec paillettes d'ardoise, il faut tenir compte du risque de glissement du substrat. Il existe de bons systèmes d'ancrage et de collage qui vous éviteront de retrouver vos plantes en bas dans votre jardin. Pour la réalisation d'une toiture verte avec une pente de plus de 35 degrés, on vous conseille de faire appel à des spécialistes qui ont plus de 10 ans d'expérience, mais ils ne courent évidemment pas les rues!

Points prioritaires pour la mise en oeuvre

On oublie souvent que l'application d'une toiture verte exige le transport de tonnes de matériel: pour une toiture à végétation de 1000 m2 avec des tapis précultivés, ceci se situe entre les 20 et 30 tonnes, mais pour une toiture-jardin avec un substrat de 20cm, on atteint vite les 200 tonnes. Les questions pratiquent qui se présentent sont donc les suivantes: Est-ce que le camion peut être déchargé dans le voisinage immédiat du bâtiment? Est-ce qu'il y a des appareils efficaces sur le chantier pour monter le matériel rapidement sur le toit? Un élévateur à fourches téléscopique a besoin d'espace, un monte-charge est un appareil lent, une grue de chantier est très rapide.. Faites votre choix en fonction des possibilités avant que le premier camion arrive au chantier!
De nombreux couvreurs reculent devant l'application d'une toiture verte. L'expérience nous a pourtant apprise que la réalisation d'une toiture à végétation au moyen de tapis précultivés est tout à fait faisable, à condition de jouir d'un bon soutien technique de la part du fournisseur, et qu'elle offre plus de travail au couvreur. Par contre, les choses changent quand il faut semer ou cultiver sur place: c'est du travail de spécialiste pur et simple. Plusieurs entrepreneurs y ont déjà laissés des plumes, car l'expérience est une nécessité absolue dans ce cas.

L'application de la végétation par le couvreur offre l'avantage supplémentaire que les responsabilités sont mieux délimitées: il n'y aura plus de discussion possible si tout est réalisé par une seule et même personne. Il faudra de préférence organiser le chantier de sorte que la végétation sera seulement appliquée quand tous les autres travaux sur et autour de la toiture seront achevés afin d'éviter d'éventuels dégâts provoqués par des tiers. Les plantes ont besoin d'eau et une toiture verte extensive aura aussi besoin d'être arrosée au moins une fois. L'architecte doit donc prévoir un arrivage d'eau suffisant, à moins qu'on puisse faire appel aux pompiers.

L'entretien

Ce n'est pas parce qu'une toiture verte n'exige pas d'entretien qu'il ne faut pas la contrôler. Nous vous conseillons donc d'inspecter la toiture tous les trois mois pendant la première année afin d'intervenir facilement et rapidement (et généralement à prix bas) si des choses prennent mauvaise tournure. Comme pour toutes les toitures, un contrôle annuel est également indispensable pour les toitures vertes afin d'éviter des égouts bouchés, l'infiltration d'eau ou l'affaissement de la toiture. Pour les toitures à végétation, il faut rédiger et respecter un bon programme d'entretien. Un arbre devenu trop grand qui, en cas de grand vent, tombe dans la rue est en effet un problème pour tout le monde.

Faites appel à l'expérience

Il y a des spécialistes avec dix à vingt ans d'expérience qui ont déjà installé des dizaines de toitures à végétation et toitures vertes et qui peuvent vous apporter aide et conseil. Faites appel à eux, à moins que vous souhaitez réinventer des choses déjà connues.. et apprendre à vos dépens.

par: Marc Lievens, Tecmat SA


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